Un tube carré en fer posé sur deux appuis, chargé au milieu : va-t-il fléchir de quelques millimètres ou plier franchement ? La réponse dépend de trois grandeurs que vous pouvez calculer vous-même, sans logiciel spécialisé. Comprendre le calcul de résistance d’un tube carré en acier permet de dimensionner correctement une poutre de pergola, un cadre soudé de portail ou un châssis d’établi.
Moment d’inertie d’un tube carré : la grandeur qui conditionne tout le calcul
Avant de parler de charge ou de flèche, il faut comprendre ce que mesure le moment d’inertie. Imaginez deux tubes de même largeur extérieure, mais l’un a une paroi fine et l’autre une paroi épaisse. Le second résiste mieux à la flexion. Le moment d’inertie quantifie cette différence.
Pour un tube carré, la formule s’écrit :
I = (b x h³) / 12 – ((b – 2t) x (h – 2t)³) / 12
Avec b la largeur extérieure, h la hauteur extérieure (identiques pour un carré) et t l’épaisseur de paroi. Prenons un tube de 40 mm de côté avec une paroi de 2 mm. La section extérieure donne (40 x 40³) / 12. On soustrait ensuite la partie creuse, soit (36 x 36³) / 12. Le résultat, en mm⁴, traduit la rigidité de votre profil face à une charge qui le fait fléchir.
Pourquoi cette grandeur compte autant ? Parce qu’elle intervient directement dans le calcul de la flèche et dans celui de la contrainte maximale. Un tube avec un moment d’inertie deux fois plus grand fléchira deux fois moins, toutes choses égales par ailleurs.

Contrainte de flexion dans un tube acier : vérifier qu’on reste sous la limite élastique
Le moment d’inertie ne suffit pas à lui seul. Il faut le relier à la charge appliquée pour obtenir la contrainte de flexion, exprimée en mégapascals (MPa).
Du moment fléchissant à la contrainte
Quand une poutre en tube carré repose sur deux appuis et supporte une charge concentrée au centre, le moment fléchissant maximal vaut :
M = (F x L) / 4
F représente la force appliquée (en newtons) et L la portée libre entre appuis (en mm). La contrainte maximale se déduit ensuite grâce au module de section :
σ = M / Z, avec Z = I / (h / 2)
Le module de section Z relie le moment d’inertie à la distance entre le centre du tube et sa fibre la plus sollicitée. Plus Z est grand, plus la contrainte reste basse pour un même effort.
La limite élastique comme garde-fou
L’acier de construction courant (type S235) possède une limite élastique de 235 MPa. Tant que la contrainte calculée reste en dessous de cette valeur, le tube reprend sa forme initiale quand on retire la charge. Dépasser la limite élastique déforme le tube de façon permanente.
En pratique, on applique un coefficient de sécurité. Les Eurocodes utilisent un coefficient partiel sur la résistance de l’acier. Cela revient à ne pas exploiter la totalité des 235 MPa théoriques, mais à conserver une marge pour absorber les imprécisions de fabrication, les surcharges ponctuelles et les effets de la soudure.
Flambage des tubes carrés en compression : le piège des montants verticaux
Vous avez dimensionné votre poutre horizontale, mais qu’en est-il des montants d’un cadre soudé ? Un tube vertical comprimé ne casse pas en flexion : il flambe. Le tube se courbe latéralement d’un coup, bien avant d’avoir atteint la limite élastique de l’acier.
Le risque de flambage dépend de trois paramètres :
- La longueur libre du montant entre deux points de fixation : plus elle est grande, plus le flambage survient tôt.
- Le moment d’inertie de la section : un tube carré flambe de la même manière dans les deux axes, ce qui lui donne un avantage sur un tube rectangulaire orienté dans le mauvais sens.
- Les conditions d’encastrement : un montant soudé en tête et en pied (encastré-encastré) résiste mieux au flambage qu’un montant simplement posé.
Un tube carré résiste au flambage de manière identique dans les deux directions, contrairement à un tube rectangulaire qui présente un axe faible. Pour un cadre soudé de portail ou une structure de pergola, cette symétrie simplifie le dimensionnement.

Soudure sur tube carré acier : ce qui change dans le calcul de résistance
Un cadre soudé n’est pas une simple addition de barres. La soudure crée une zone thermiquement affectée (ZAT) où les propriétés mécaniques de l’acier sont modifiées localement. Ignorer cet effet conduit à surestimer la résistance de l’assemblage.
La norme européenne EN 1993-1-8, dont une version actualisée a été publiée en 2024, encadre le calcul des assemblages soudés en construction métallique. Cette révision introduit une approche plus rigoureuse de la fiabilité aux états-limites dans les assemblages, notamment pour les soudures d’angle sur profils creux.
Voici les points à vérifier sur un assemblage soudé de tubes carrés :
- La gorge de soudure (dimension a) doit être proportionnée à l’épaisseur de paroi du tube. Une gorge trop fine concentre les contraintes, une gorge trop épaisse génère des déformations thermiques.
- La longueur du cordon influence directement la résistance de l’assemblage. Un cordon qui fait le tour complet du tube offre la meilleure tenue.
- Les angles d’un tube carré concentrent les contraintes dans la soudure, surtout sur les assemblages en T. Un rayon de raccordement trop faible fragilise la liaison.
- Le type de sollicitation (traction, cisaillement, combinaison) modifie la formule de vérification du cordon.
Pour un cadre soudé destiné à un portail ou un garde-corps, la résistance de l’assemblage est souvent le maillon faible, pas celle du tube lui-même. Vérifier la soudure séparément du tube est une étape à ne pas négliger.
Tube carré ou profilé IPE : choisir la bonne section pour une poutre
Quand la portée augmente, un tube carré atteint ses limites en flexion plus vite qu’un profilé en I (type IPE). La raison est géométrique : à poids égal, un IPE concentre la matière dans les semelles, loin de l’axe neutre, ce qui augmente le moment d’inertie.
Le tube carré garde l’avantage dans deux cas précis. D’abord, quand la poutre subit des efforts dans plusieurs directions, comme un cadre soumis au vent latéral. Un IPE résiste bien dans son axe fort, mais beaucoup moins dans l’axe faible. Le tube carré, lui, offre la même rigidité dans les deux sens.
Ensuite, pour les structures où l’esthétique compte (pergolas, mobilier, cadres décoratifs), le tube carré se soude plus facilement en assemblages visibles et se prête mieux à une finition propre.
Pour une poutre de portée modeste (quelques mètres au maximum), un tube carré bien dimensionné remplit parfaitement son rôle. Au-delà, comparer le module de section du tube envisagé avec celui d’un IPE de poids équivalent permet de trancher rapidement.
La seconde génération d’Eurocode 3, dont les annexes nationales sont programmées entre 2024 et 2026, met à jour les règles de classification des sections (classes 1 à 4) et les coefficients partiels de sécurité. Ces évolutions normatives peuvent modifier le dimensionnement d’un tube carré utilisé comme poutre ou montant. Si vous faites valider votre projet par un bureau d’études, vérifiez que les calculs intègrent bien la version en vigueur des Eurocodes.

