Le DTU 36.5 ne laisse aucune marge d’interprétation : la mousse polyuréthane expansive est interdite pour le calfeutrement des menuiseries extérieures. Elle ne garantit ni l’étanchéité à l’eau, ni la reprise des mouvements différentiels entre dormant et gros œuvre. Nous constatons pourtant qu’elle reste utilisée sur de nombreux chantiers, y compris en rénovation labellisée.
Les conséquences dépassent le simple défaut technique : un calfeutrement non conforme peut entraîner un refus d’aides à la rénovation (CEE, MaPrimeRénov’) lors d’un audit, le chantier étant alors jugé contraire aux règles de l’art.
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Compatibilité des mastics sur supports anciens : le point que les fiches produit n’abordent pas
En rénovation, le support n’est presque jamais un béton lisse et propre. Pierre calcaire tendre, enduit ciment dégradé, brique pleine friable : chaque substrat réagit différemment au mastic extrudé. Le DTU 36.5 exige que la zone de contact soit débarrassée de toute poussière, laitance ou ancien joint avant application. Sur pierre naturelle, il impose aussi de vérifier que le produit ne tache pas le parement.
Nous recommandons un essai d’adhérence sur une zone non visible avant de lancer le calfeutrement complet. Un mastic silicone neutre convient sur la plupart des supports minéraux, mais il accroche mal sur les anciens enduits peints ou hydrofugés. Dans ce cas, un primaire d’accrochage adapté au type de mastic devient indispensable.
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Le fond de joint mérite aussi attention. Un cordon mousse à cellules fermées de diamètre supérieur au jeu réel permet de calibrer la profondeur du mastic. Un joint trop profond rompt en cohésion dès les premiers cycles thermiques. La section idéale du cordon de mastic reste proche du carré : largeur et profondeur comparables.
Bandes compribandes multifonctions : un seul produit pour les trois barrières du DTU

Le principe des trois barrières (étanchéité extérieure à la pluie battante, isolation thermique et acoustique en partie médiane, étanchéité intérieure à l’air) structure toute la logique du DTU 36.5. Traditionnellement, chaque barrière mobilise un produit distinct. Les bandes compribandes multifonctions certifiées changent la donne depuis quelques années : elles intègrent les trois fonctions dans une seule bande pré-comprimée.
Sur les chantiers BBC ou RE2020, ces bandes simplifient la mise en œuvre et réduisent le risque de discontinuité aux raccordements d’angle, un point faible récurrent quand on juxtapose mastic extérieur, mousse isolante et membrane intérieure. Leur adoption progresse nettement en rénovation performante.
Critères de sélection d’une compribande conforme
Toutes les mousses imprégnées ne se valent pas. Le DTU distingue deux classes, et seul un produit adapté au niveau d’exposition garantit la conformité :
- Classe 1 : étanche à la pluie battante, obligatoire en position extérieure sur toute menuiserie exposée. C’est la seule classe admise pour assurer la barrière côté extérieur.
- Classe 2 : perméable à l’eau, réservée à la partie intérieure ou aux situations protégées (menuiseries sous auvent profond, par exemple).
- La plage de compression doit correspondre au jeu réel entre dormant et tableau maçonné. Une bande trop fine laisse passer l’air aux angles ; une bande trop large, comprimée au-delà de sa plage, perd ses propriétés d’étanchéité.
La largeur d’appui minimale entre la compribande et le support maçonné ne doit pas descendre en dessous du seuil prescrit par le DTU. Sur un tableau irrégulier, un ragréage préalable peut s’avérer nécessaire pour offrir un plan d’appui continu.
Mastic extrudé en appui de menuiserie : exécution conforme au DTU 36.5
Le calfeutrement par mastic reste la solution de référence en appui (partie basse), là où l’eau stagne et où les contraintes mécaniques sont les plus fortes. Le DTU 36.5 (§ 5.9.2.1) encadre précisément cette zone.
Le mastic doit être appliqué sur un fond de joint calibré, avec une épaisseur suffisante pour absorber les mouvements différentiels. En latéral et en linteau, le recours au mastic est aussi admis mais la compribande de classe 1 offre souvent une mise en œuvre plus rapide et un résultat plus régulier, surtout quand le jeu est variable sur la hauteur du tableau.
Erreurs fréquentes sur chantier
Nous observons régulièrement les mêmes défauts lors des contrôles :
- Mastic appliqué sans fond de joint, collé sur trois faces au lieu de deux, ce qui provoque une rupture en cohésion rapide.
- Compribande posée sans respecter le temps d’expansion : la menuiserie est calée avant que la bande ait atteint sa plage de travail.
- Discontinuité aux angles, avec un espace de quelques millimètres entre deux tronçons de bande. L’air et l’eau passent exactement à ces jonctions.
- Utilisation d’une compribande de classe 2 en façade exposée, par économie ou méconnaissance de la distinction entre classes.

Calfeutrement conforme et garantie décennale : le lien direct
Un calfeutrement réalisé en mousse expansive, ou avec une compribande de classe inadaptée, constitue une non-conformité au DTU 36.5. En cas de sinistre (infiltration, condensation, moisissure), l’assureur peut opposer cette non-conformité pour refuser la prise en charge au titre de la décennale. Le professionnel se retrouve alors seul face au coût de reprise.
La conformité du calfeutrement conditionne aussi l’éligibilité aux dispositifs d’aide à la rénovation. Depuis quelques années, les organismes d’audit CEE et les réseaux RGE vérifient de plus en plus systématiquement le type de produit utilisé en périphérie de menuiserie. Un chantier audité où la mousse PU est identifiée comme seul calfeutrement peut être requalifié en « non conforme aux règles de l’art », avec suspension ou remboursement des primes.
Pour un menuisier ou un poseur, documenter le choix du produit de calfeutrement dans le PV de réception devient une protection juridique autant qu’une bonne pratique technique. Mentionner la référence de la compribande, sa classe, sa plage de compression et le type de mastic utilisé en appui suffit à sécuriser le dossier.
Le surcoût d’un calfeutrement conforme (compribande de classe 1 et mastic sur fond de joint calibré) reste marginal rapporté au montant global d’une pose de menuiserie. En revanche, la reprise d’un calfeutrement défaillant après réception implique la dépose partielle des habillages, voire du dormant. Un arbitrage qui ne se discute pas.

